Bellegarde 29-16 Annecy
Surfant sur une vague de 3 victoires consécutives, c’est avec le plein de confiance que l’US Annecy faisait le court déplacement de l’autre côté de la Valserine, pour y affronter l’US Bellegarde, lors d’une seconde manche de ce derby aux enjeux diamétralement opposés. Entre l’opportunité qui était offerte au XV haut savoyard de signer un nouveau succès en déplacement avant une fin de parcours hérissée de déplacements difficiles et la nécessité qui s’imposait aux locaux de signer une probante victoire importante dans leur quête de maintien, ce derby retour promettait une rude empoignade d’autant plus que Bellegarde, vexé d’avoir perdu la première manche du derby pour avoir refuser de jouer, entendait bien prendre une revanche éclatante. Pour ce faire, les acteurs de ce match se devaient de faire avec des conditions climatiques encore une fois difficiles, comme très voire trop souvent cet hiver : terrain gras et légèrement dégelé en surface le tout agrémenté d’un vent glacial soufflant en rafales. Autant dire que c’est l’équipe qui se montrera à la fois la plus guerrière et la dégourdie de ses mains qui décrochera la timbale.
Car produire du jeu sans commettre de multiples fautes de mains était une véritable gageure comme le montrèrent les équipes réserves en lever de rideau. De bonnes intentions de part et d’autres mais que de difficultés à exprimer un jeu cohérent sur un terrain très glissant et encore une fois très exigeant d’un point de vue physique. Ainsi, c’est Bellegarde, adossé à un léger vent du nord, qui s’y essaiera le plus lors de ce premier acte. Une volonté louable de se faire des passes, un collectif jeune et enthousiaste, mais au final une débauche d’énergie en pure perte puisque les burgiens ne se créeront pas la moindre occasion d’essai en dépit d’une nette domination territoriale. Trop d’imprécisions, de passes mal assurées permettront à la défense annécienne de résister et repousser tous les assauts de son rival du jour, contraint souvent à bout de souffle et d’idées de recourir à un jeu au pied improductif qui rendra moults ballons aux pieds des botteurs annéciens. Comme Annecy dominait la conquête en touche face à un alignement pourtant plus longiligne, c’est avec un minimum de frayeurs que les annéciens rallieront la mi-temps sur un score de 5 à 0 en leur faveur, fruit d’un essai du pack bleu et blanc en tout début de rencontre en conclusion de l’un de ses rares temps forts du premier acte.
La seconde période s’annonçait donc plus facile à gérer pour les hommes de Thierry CORNU qui allaient désormais pouvoir s’appuyer sur le vent pour occuper le camp bellegardien. Impression confirmée rapidement par une pénalité de THOMAS qui donnait 8 points d’avance à ses couleurs dès les premiers instants de cette seconde mi-temps. Mais Annecy n’allait pas profiter bien longtemps de ce bol d’air, car sur une nouvelle attaque burgienne que les annéciens semblaient devoir contrôler, THIBOUD, un ex-annécien, mystifiait la défense alpine d’une belle action personnelle pour aller inscrire un essai qui raviva l’espoir d’une victoire qui fuit les bellegzrdiens depuis trop longtemps (8 à 5). Espoir d’autant plus palpable, que Annecy pourtant plus solide au niveau de pack, plus performant sur les ballons portés, n’arrivait pas à déployer son jeu offensif la faute à un cruel manque de liant entre avants et trois-quarts. Annecy renvoyait l’image d’une équipe continuellement coupée en deux, incapable d’élever son niveau de jeu pour mettre à distance une équipe de Bellegarde qui demeurait dans le coup pour la gagne grâce à sa seule activité défensive. Heureusement, en fin de partie, L’HOSPITAL claquera un joli drop qui permettra à Annecy d’empocher la victoire sur le score étriqué de 11 à 5 face à une lanterne rouge qui aura fait preuve de cœur et de vaillance pour faire douter son adversaire du jour.
Côté annécien, seule la victoire est à retenir car elle permet au groupe de rester à une distance raisonnable des quatre premières places de la poule qualificatives pour les phases finales. C’était besogneux, mais l’essentiel a été préservé.
Le cœur et la vaillance, voilà une appellation d’origine contrôlée qui colle parfaitement à l’équipe fanion de Bellegarde qui bâtit souvent ses succès à domicile sur ses seules qualités hormonales. Du basique, simple et rustique le tout mis au service du talent de URPIN, une gâchette en or qui canarde souvent avec bonheur les perches adverses de sa botte d’une précision chirurgicale. Et cette recette a du bon puisqu’elle a permis aux bellegardiens de signer dernièrement quelques précieux succès face à Mâcon à domicile et à Ampuis dimanche dernier (adversaires également vaincus par Annecy tout récemment), mais toutefois pas suffisants pour s’extirper de la lutte pour le maintien en raison de difficultés chroniques en déplacement. Une victoire face à Annecy ce dimanche puis une autre la semaine prochaine, toujours à domicile face à Vienne, est indispensable à Bellegarde pour assurer son maintien. C’est dire que la tâche qui attend le XV haut savoyard s’annonçait rude sachant que seuls Beaurepaire (victoire) et Saint Savin (match nul) ont pris des points cette saison sur la pelouse bellegardienne.
Pour disputer la victoire à son homologue burgien, Annecy poursuit son turn-over en plaçant ce coup-ci CHICOUARD, DUMOULIN, ZANELLA ou CHARVAT sur le banc apporter du sang neuf en seconde partie de match tout en impliquant un maximum de joueurs dans l’aventure haut savoyarde avec les retours de AVETTANT, BOUCHET ou ARTHAUD dans le XV de départ. Pour le coup, les effets de ce turn-over seront difficilement perceptibles en ce dimanche de grisaille tant les annéciens vont se faire dévorer tout cru par une équipe de Bellegarde qui va attaquer la rencontre sur les chapeaux de roue. Enormément d’enthousiasme, beaucoup d’envie, un peu de mouvement, et voilà Bellegarde qui va prendre un départ idéal pour un candidat à la victoire et au maintien en prenant très vite les devants au score. Au bout de 7 minutes de jeu, Bellegarde mènera par 10 à 0 à la suite d’un essai de DALIN consécutif à une percée au ras d’un regroupement de St HAUW qui rebondira au large jusqu’à l’arrière bellegardien intercalé (3ème) puis d’une pénalité de URPIN des 25m en coin gauche (7ème) qui démontra là la précision remarquable de son coup de botte. Et encore, une relance de PORRET qui traversa toute la défense annécienne dès la 1ère, vit le coup de pied à suivre de l’ailier bellegardien échouer en touche d’en-but après qu’il eut pris tout le monde de vitesse à l’exception de ARTHAUD. On ne pouvait guère faire pire comme entame côté annécien. Le plan idéal pour donner confiance à un adversaire évoluant soudainement plus libéré et surtout parfaitement concentré sur son activité défensive.
Désormais, Annecy était dans l’obligation de se découvrir pour revenir sur les talons d’une équipe locale qui évoluait dans son registre préféré : pressing défensif à outrance pour faire déjouer l’adversaire. Méthode rudimentaire mais d’une efficacité redoutable. Evoluant comme un seul homme, dressant une ligne défensive solide, omniprésent sur les zones de combat et dans le jeu au sol, conquérant dans les airs, le XV de Bellegarde va littéralement asphyxier son adversaire qui va commettre une litanie de fautes que la botte impitoyable de URPIN se chargera de sanctionner. Continuellement en surnombre dans les regroupements, plus tranchants dans leurs courses, témoignant d’une envie supérieure sur tous les impacts, Bellegarde allait provoquer de nombreuses fautes annéciennes (maladresse, indiscipline) dont se nourrira Bellegarde pour faire enfler le score. URPIN se chargera de concrétiser la domination territoriale de ses hommes en convertissant magistralement 3 pénalités (24ème, 26ème et 40ème) tandis qu’il échoua de peu des 50m face (37ème) et trouva le poteau du coin gauche (39ème). C’est dire l’outrageuse domination d’un XV bellegardien qui menait à la pause sur le score de 19 à 6, JORDAN ayant répliqué par une pénalité (12ème) et par un joli drop botté des 40m face au vent (31ème). Ce n’était pas cher payé pour une équipe d’Annecy complètement absente des débats, en manque de dynamisme, en retard sur toutes les zones de combat, où chacun y alla de sa faute de main ou bien de son indiscipline. Même lorsqu’ils envoyèrent des offensives, toute continuité dans le jeu fut impossible en raison de l’absence permanente de soutien au porteur du ballon, de lenteur dans la transformation du jeu, voire même de discernement dans les options de jeu au large retenues car à vouloir jouer au large sans fixation préalable des avants adverses, les annéciens se compliquaient sacrément la recherche d’espaces.
Le déroulement des premières minutes du second acte démontra que les annéciens avaient mesuré l’impérieuse nécessité de reprendre le fil de leur jeu par le bon bout puisqu’ils se firent nettement plus présents sur les points de contact bien qu’évoluant en infériorité numérique après le carton blanc infligé à TOPE au coup de sifflet final du premier acte. Une prise de conscience tardive certes, mais qui modifia nettement les données du problème.
Sans rêver à une victoire qui relevait à cet instant du pur domaine du fantasme, au moins la possibilité de cueillir le point de bonus défensif devenait réalisable surtout que le vent allait devenir leur allié pour revenir dans la partie. A présent franchement plus conquérant en touche, bien plus combatif dans le jeu au sol, Annecy allait ainsi modifier le rapport de force et glaner de précieuses munitions pour refaire le retard au tableau d’affichage. Faisant preuve de davantage d’alternance dans leurs orientations offensives entre jeu au large et ballons portés, de retour aux affaires dans le jeu au sol, Annecy allait présenter un jeu plus structuré, plus dynamique donc plus dangereux pour l’adversaire qui allait se montrer beaucoup moins serein face à la menace annécienne certes encore bien lointaine même si une pénalité de JORDAN à la 49ème ramenait les siens à 10 points des bellegardiens (19 à 9). En forçant davantage la 3ème ligne adverse à mettre le nez dans le gazon grâce à quelques ballon portés usants pour le pack adverse, Annecy allait se dégager un peu plus d’espaces sur la largeur du terrain surtout qu’il était désormais plus commode de produire des offensives avec plusieurs temps de jeu plus à même de troubler le rideau défensif burgien. Sauf que les bellegardiens accrochés à leur avance se montrèrent suffisamment roublards pour ralentir les sorties de balle annéciennes et empêcher ainsi les alpins de mettre la vitesse nécessaire à l’expression de leur jeu qui demeurait cependant pollué par de trop nombreuses fautes de mains pour être véritablement efficace. Pourtant, même gênés aux entournures, Annecy allait finir par trouver la faille sur une offensive pourtant mal embarquée : une attaque mise sur le reculoir par le pressing défensif bellegardien fut redressée par VIGNE puis par ARTHAUD pour un décalage en bout de ligne de MARIN qui laissa sa carte de visite à la défense adverse pour déborder son monde et aller inscrire l’essai de l’espoir qui ramenait Annecy, avec la transformation de JORDAN, à 3 points seulement de Bellegarde (19 à 16 à la 62ème). Certes URPIN redonna de suite 6 points d’avance à ses couleurs sur une nouvelle pénalité (22 à 16 à la 66ème) mais tout demeurait possible pour des annéciens encore dans les clous pour empocher le point de bonus défensif, voire même candidat à la victoire s’ils parvenaient à tricoter une offensive enfin débarrassée de toute faute de main. Malheureusement, cette fragilité constatée hier après-midi va cruellement ruiner les espoirs hauts savoyards en seulement quelques minutes. Alors que MARIN semblait parti pour asséner un contre victorieux sur une interception bien sentie avant de tomber ce ballon et commettre ainsi un en-avant bien dommageable (68ème), BERGOUGNOUX quelques seconde plus tard plaça une charge terrible plein champ avant de perdre ce ballon que la défense annécienne écarta jusqu’à MUGNIER qui choisit alors de taper en touche mais son coup de pied fut contré par JACQUINOD qui fila inscrire l’essai qui mettait désormais Bellegarde à l’abri d’un retour annécien, eux qui menaient désormais par 29 à 16 à la 70ème.
Les 10 dernières minutes virent le XV haut savoyard se lancer à l’offensive pour tenter d’inscrire l’essai synonyme de point de bonus défensif, mais trop d’approximations, de ballons tombés, de ballons rendus à l’adversaire ainsi qu’une défense bellegardienne ayant désormais le vent en poupe vont réduire à néant les derniers efforts annéciens qui subissent là leur première défaite non bonifiée marquant ainsi un coup d’arrêt à leur plan de marche.
Une défaite finalement logique puisque les annéciens, auteurs d’une première mi-temps catastrophique en terme de jeu proposé et d’état d’esprit, ont enterré en 40 minutes tout leurs espoirs de remporter une nouvelle victoire. La seconde période fut plus satisfaisante mais bien loin des critères d’excellence requis pour espérer décrocher un succès en déplacement : trop d’approximations, de fautes de main, d’indiscipline commises sous la pression adverse entachent la partition rendue hier.
Au moins, cette défaite aura le mérite de faire prendre conscience au groupe que tout relâchement lui est interdit car il ne dispose d’aucune marge de sécurité sur les autres équipes de la poule.
L’occasion également de pointer du doigt quelques sujets sensibles à l’heure où ce groupe est en train de prendre un virage important dans sa volonté de se tourner vers un jeu complet.
La gestion des entames de match en déplacement en est une première. Après avoir encaissé un essai dès le coup d’envoi à Beaurepaire et à Ampuis qui furent des handicaps ardus à effacer, bis répétita hier avec un nouvel essai encaissé d’entrée de jeu par une défense la tête encore dans le vestiaire. Si auparavant, ces entames avaient eu le mérite de réveiller les annéciens, hier cette entame leur a valu de boire le bouillon au cours d’une première mi-temps qui fut l’illustration de ce qu’il ne faut pas faire pour espérer gagner une rencontre de Fédérale 2, qui plus est à l’extérieur.
La perte d’agressivité du pack en est une autre. Déjà entrevue face à Givors, elle fut encore plus nette contre Bellegarde. Faute de combattants, le combat n’eut pas lieu ou alors fut occulté par l’obligation d’effacer une ardoise de 13 points de retard à la mi-temps, et ce fut un minimum hier. Coïncidence ou pas, cette dernière apparaît au grand jour alors qu’un jeu plus offensif est en train de voir le jour. Un équilibre doit être trouvé à ce niveau, mais gageons qu’avec des garçons expérimentés comme le sont les tauliers du pack, les réglages nécessaires seront opérés. C’est peut-être là le prix à payer pour cet apprentissage. La défaite d’hier est un moindre mal car elle aurait pu prendre des allures de déroute mémorable à la mi-temps.
La théorie de l’accident ayant pour particularité de ne pas se produire deux fois de suite, la réception de Vichy, équipe extrêmement joueuse sera l’occasion de constater quels enseignements ont été tirés du fiasco bellegardien. Cette rencontre opposera deux équipes vexées qui s’offrira à celle qui aura le mieux digéré la déconvenue du jour et qui sera animée d’une plus grande rage de vaincre. Un tournant plus capital qu’il n’y paraît pour les hommes de Romain AUGER et Patrick BRAND.
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Voir la feuille de match Bellegarde - Annecy
S MUGNIER, pour Annecy Infosports, le 07/03/2010