US Annecy 6-13 RC Strasbourg
Une semaine après leur exploit qui leur vaudra d’évoluer en Fédérale 1 la saison prochaine, l’US Annecy mettait désormais cap sur le Haut Jura pour aller disputer face au ténor du rugby du Grand Est, le RC Strasbourg, l’un des deux billets d’accession à la finale du Championnat de France. Outre le fait de partager les mêmes couleurs, le bleu et le blanc, les deux adversaires du jour présentent également la singularité de ne pas émarger au rang des clubs les plus argentés de cette Fédérale 2. Leur présence dans le dernier carré témoigne donc d’un parcours sportif exemplaire, sorte de pied de nez à la logique économique prônée par certaines équipes bâties hâtivement de toutes pièces. Faire vivre un club de rugby dans une région aussi excentrée que l’Alsace témoigne nécessairement de vertus combatives qui symbolisent à merveille le style de jeu du XV bas-rhinois, guerrier à souhait comme l’est le XV haut savoyard. Armés d’une solide panzer division au niveau du pack, nantis d’un système défensif très hermétique et d’un jeu au pied performant à l’image du buteur KRIEGEL, le XV alsacien présente de nombreuses similitudes avec le jeu proposé par les hommes de Romain AUGER et Patrick BRAND. Dans ce contexte, cette demi-finale promettait d’être sérieusement cadenassée sachant qu’aucun des deux packs ne pouvait se permettre de faire l’économie d’une guerre pour remporter ce choc de titans.
Sauf qu’en ce frisquet dimanche de juin, le fort vent qui balayait la pelouse de Dole va considérablement perturber le jeu au pied d’occupation mais aussi de concrétisation de chaque camp, forçant ainsi chaque équipe à intensifier ses efforts pour aller chercher sa place en finale.
Et comme dans chaque combat, il faut nécessairement des victimes, l’US Annecy va d’entrée de jeu déplorer la perte d’un des hommes de base de son pack, à savoir Aurélien CHICOUARD, touché au bras dès la 3ème. Non seulement un excellent pilier doublé d’un leader était mis hors jeu très rapidement, mais c’était également une rotation importante au niveau des piliers qui devenait inopérante. En cette fin de saison où les organismes sont mis à rude épreuve, voilà un atout de moins dans la manche annécienne qui plus est dans une confrontation essentiellement axée sur le combat. De ce fait, c’est avec un talonneur reconverti à la pile que Annecy allait partir à l’abordage du rival alsacien. Reconnaissons que l’absence de CHICOUARD va être néanmoins parfaitement compensée par les autres membres du pack tant les annéciens vont dominer territorialement le premier acte. Et la prestation du pack sera réellement phénoménale tant les avants annéciens vont faire preuve de courage en mêlée face aux gros cubes strasbourgeois, d’efficacité dans la conquête aérienne grâce à la cueillette du duo PERRET-ZANELLA, efficace dans le jeu au sol où nombre de ballons seront contestés et même confisqués aux biceps alsaciens, tonique dans le jeu en percussion dans le sillage d’un HETTICH perforant et intéressant grâce à sa capacité à jouer debout. Ajoutez à la panoplie du pack haut savoyard une belle prestation dans le registre de la défense au ras des regroupements qui empêcha le char d’assaut adverse d’instaurer les ballons portés dont il raffole tant les annéciens furent prompts à les amener au sol et enrayer ainsi nombre de tentatives de pick and go. Et comme sur les quelques mauls élaborés par le pack strasbourgeois furent mis en échec par les guerriers alpins, vous aurez là les clés de la domination annécienne. Cette suprématie aurait donc logiquement dû leur valoir de s’envoler au score mais là, ce fut une toute autre affaire. Car même si Annecy, vent dans le dos lors de ces 40 premières minutes, tenta bien de forcer également son destin en cherchant son salut par les extérieurs, il y eut toujours cette petite faute de main, ce ballon tombé ou bien un ultime défenseur strasbourgeois pour mettre en échec les intentions annéciennes, à l’exemple de la belle percée plein champ de JIMENEZ qui avorta sur un en-avant de MARIN alors que la route de l’essai semblait grande ouverte (8ème) . Et comme le vent causa mille tourments à la botte de JORDAN, Annecy éprouva toutes les peines du monde à ouvrir la marque, ce qui fut fait à la 26ème des 15m gauche pour punir un maul écroulé par les avants strasbourgeois (3 à 0). Malheureusement ce fut tout et le chat fut bien maigre à la pause car JORAN connut l’infortune de voir 2 pénalités pourtant bien ajustées, sorties du cadre par ce vent capricieux aux 5ème et 19ème tandis qu’une tentative de drop fila à gauche des perches à la 10ème. Ce vent empêcha également KRIEGEL, le buteur adverse, de ramener la parité à la pause car lui aussi connut la malchance de taper un poteau sur son unique tentative de pénalité de ce premier acte (28ème). Quand vous saurez que le pack strasbourgeois fut, dans la foulée, mis sur les fesses, lors d’une tentative de passage en force sur pénaltouche (31ème), vous aurez ainsi fait le tour des rares opportunités laissées aux alsaciens pour faire évoluer le score.
A la pause donc, Annecy n’était guère récompensé de sa domination même s’il valait mieux faire la course en tête, aussi courte soit-elle, et même s’il allait falloir désormais faire échec au vent contraire et au monolithique pack strasbourgeois dont on redoutait la puissance. Mais Annecy ne l’entendait pas du tout de cette oreille, et reprit la seconde période comme s’était achevée la première, à savoir par une domination territoriale haut savoyarde marquée toutefois par un volume de jeu supérieur afin de soulager un peu les efforts de ces avants courageux et vaillants en diable. Mais vent dans le nez, ajuster les perches s’avéra toujours aussi problématique et JORDAN ne parvint pas à cadrer ses tentatives qui rasèrent les perches mais jamais du bon côté. Ainsi une pénalité des 22m droite (48ème) puis un drop des 25m face (52ème) ne firent que flirter avec la réussite tandis qu’une interception de JIMENEZ bonifiée au large jusqu’à ARTHAUD et ZANELLA vit BOUCHET, dernier servi, se faire chiper le ballon par BONJEAN au moment d’inscrire l’essai libérateur (55ème). Pourtant, bien que dame chance semblait vouloir leur tourner délibérément le dos, Annecy ne se découragea jamais et ne cessa de partir à l’assaut d’une défense alsacienne agressive et toujours sur la corde raide, à l’image des tentatives de JIMENEZ, de MARIN ou de ARTHAUD qui essayèrent de bonifier les miettes laissées par le combat féroce qui faisait rage au ras de la pelouse. Et Annecy crut bien être récompensé de son courage quand un hors-jeu de la défense adverse donna l’opportunité à JORDAN de passer 3 points supplémentaires des 30m face à seulement 9 minutes de la fin du temps réglementaire (6-0 à la 71ème). Sauf que ce fut le moment que choisit KRIEGEL pour sortir de sa boîte, il est vrai bien scellée par la discipline annécienne jusqu’ici. Alors que la discipline défensive annécienne avait été remarquable, 2 mauls écroulés autant par impatience que par manque de lucidité vont donner l’occasion au canonner adverse d’exercer ses talents. Pour ses 2 premières tentatives de la seconde période, KRIEGEL va faire mouche des 52m face tout d’abord (73ème) puis des 30m droite ensuite (79ème) sur 2 coups de botte tendus pour rétablir la parité au tableau d’affichage. Un équilibre que JORDAN aurait pu une nouvelle fois rompre mais sa tentative des 30m gauche en biais, encore une fois bien ajustée frôla l’extérieur du poteau gauche (76ème). On s’acheminait donc vers les prolongations lorsque cette parité au score fut définitivement rompue à la 82ème …..par les strasbourgeois, qui vont convertir en essai leur seule opportunité de l’après-midi sur un ballon gratté au cœur d’un maul annécien sur leurs 40m. Le ballon éjecté sur le côté verra KAPSEU servir illico presto le fidjien LAVAKA qui profitera de ce côté gauche fort dégarni pour déposer THOMAS et MARIN et aller inscrire en coin gauche, au bout d’une course rectiligne de 60m flirtant de très près avec la ligne de touche, un essai salvateur côté strasbourgeois, cruel côté haut savoyard. Et dire que cet ailier n’aurait jamais du revenir en jeu si son remplaçant ne s’était pas blessé peu de temps après son entrée sur le pré !! Avec la transformation du bord de touche de KRIEGEL, Strasbourg prenait la tête au tableau d’affichage au meilleur moment pour mener par 13 à 6. Un avantage définitif que l’ultime tentative d’annéciens aussi déçus que sonnés ne remettra pas en cause. Strasbourg venait d’arracher au forceps sa qualification pour la finale dans les mêmes proportions que Annecy avait gagné son billet d’accession pour la Fédérale 1, à savoir, en ne renonçant jamais et grâce à de remarquables ressources mentales et ce, en dépit d’une domination territoriale annécienne d’environ 70 minutes.
Là ou Annecy a manqué de réalisme, Strasbourg n’a pas failli pour se donner le droit de rêver au titre.
Il n’en reste pas moins que Annecy peut avoir d’immenses regrets sur ce match car le XV haut savoyard a pourtant sorti le match qu’il fallait, a mis tous les ingrédients dans ce combat pour le procurer des balles de match, mais rien n’a voulu sourire hier aux riverains du lac. Le match des occasions perdues en somme.
Mais, ces regrets logiques au regard de l’état d’esprit de compétiteur de ce groupe, s’effaceront rapidement au moment de se retourner sur la folle et belle aventure de ce groupe de potes, unis dans la défaite comme dans la victoire et qui a exposé sur les routes de France toutes les qualités humaines et rugbystiques de ce groupe mais également de tout un club. Avec toute la générosité, la volonté et le courage qui caractérise ce groupe, avec ce mental forgé match après match, entraînement après entraînement, ces barjots ovales ont ramené l’US Annecy en élite amateur au terme d’une seule saison passée en Fédérale 2, signant ainsi une troisième accession en 4 saison. Qui l’eut cru ? Pas grand monde il est vrai en août dernier et c’est pourquoi, un grand coup de chapeau doit leur être adressé.
Il est simplement dommage que le rêve d’un titre se soit évanoui hier alors qu’il aurait représenté une belle récompense pour des garçons comme LORBOIS, BOUCHET ou ZANELLA qui ont choisi de goûter à une retraite sportive méritée, après avoir porté fièrement le maillot bleu et blanc et ravi les habitués du Stade des Fins. Le public annécien regrettera ces 3 lascars.
Croyez-nous, ces mecs aussi étonnants que sympas, méritent le respect et méritent également toute la considération du milieu sportif annécien. Amis sponsors, supporters ou tout simplement annécien, il n’y aura pas que du football d’élite à Annecy la saison prochaine, la Fédérale 1 va également s’écrire en bleu et blanc l’an prochain. Soyez nombreux à venir les encourager, y aura caviar tous les dimanches.
La réaction audio de Romain AUGER, entraîneur US Annecy
Voir la feuille de match US Annecy - RC Strasbourg
Galerie Photo de la rencontre Annecy - Strasbourg
S MUGNIER, pour Annecy Infosports, le 21 Juin 2010